Nuit blanche

Vendredi nuit, une heure du mat’. Je me réveille à cause du bruit assez important sur le pont avant, tout juste au-dessus de nos têtes. Ça brasse. Ça craque. Ça gigote. Je regarde par le hublot et je vois Jean-Pierre qui organise le pont… Je vois surtout les bateaux aux alentours qui surfent sur des vagues de trois pieds: tout tangue, le quai, les voiliers… Le Malaïka est amarré au dernier quai et il y a deux autres gros voiliers à l’extérieur, dont un qui a son mat à l’horizontale sur le pont, puisqu’il quitte aussi vers le Sud. Le son du vent est assourdissant, moins toutefois que les amarres qui craquent et qui forcent. Sébastien se réveille et je lui dit que JP est sur le pont. Il se lève, s’habille et fonce rejoindre notre capitaine pour l’aider.

C’est très impressionnant de l’intérieur, je me recouche, mais ne me rendors pas. J’ai dû bretter une heure dans le lit, quand je me décide à les rejoindre sur le pont. Je m’habille avec vingt couches et hop! C’est capoté: le vent souffle tellement fort: une pancarte au bout du quai doit osciller à 45 degrés, tant les quais se balancent. Le vent souffle et siffle si fort que c’est assourdissant (je nous rappelle qu’on est à quai!). Le bateau se lève au gré des vagues à un rythme soutenu et à une hauteur impressionnante. Les gars sont pas là… René – un très bon ami de JP qui nous accompagne jusqu’à New York – me rejoint sur le pont et on descend sur les quais pour les retrouver.

Arrivés à terre, on croise Sébastien et JP qui nous rassurent: les amarres sont solidement attachées et on peut retourner veiller sur le bateau. On grignote, il est deux heures trente et le vent forcit. Des rafales qui doivent faire dans les 45 nœuds. Tsé, quand t’es pas dans une marina protégée, comme à St-Henri-de-Taillon, mettons que ça fesse. Après réflexion, Jean-Pierre juge la situation dangereuse et décide qu’on quitte le bateau et qu’on dort dans les voitures. On s’équipe, on prend nos kit précieux (passeports, téléphone, chat, …), on réveille Thérèse et on quitte le bateau.

Une telle décision a pu paraître surprenante et un peu intense d’un premier regard. Mais je crois fermement que lorsque le capitaine donne une consigne, il faut la suivre. Respect de son pouvoir décisionnel, mais surtout de sa grande responsabilité de l’équipage exige. Les estimations météo étaient erronées sur toutes les plateformes, on ne pouvait savoir jusqu’à quand ce temps durerait. Tous claqués, on s’est dirigés vers les voiture, Thérèse et moi avons pris place dans sa voiture pour dormir un peu. Les gars on veillé, sont probablement allé aider d’autres membres de la marina pour somnoler ensuite.

Vers six ou sept heures, Sébastien est venu me chercher. Thérèse est partie se recoucher sur le bateau. René propose d’aller déjeuner, le vent ne tarit pas du tout, on revient et… le Malaïka n’est plus à quai! Il est amarré en face de la marina, dans le chenal menant au lift hydraulique…

Thérèse y est, elle nous raconte comment elle s’est retrouvée là: le quai aurait lâché! Elle était dans la cabine, quand elle a entendu des gros claquements et s’est vue partir avec le quai. À ce moment, Joe, le proprio de la marina arrivait avec sa remorque et il a pu prendre les bateaux et les ramener aux quais. Sérieux, on n’en revient pas! Et Thérèse a son petit sourire en coin: c’est du bluff!!! Ah ben zut! La vraie histoire, c’est que Joe a effectivement pris la décision de ramener les bateaux amarrés au bout du quai à l’intérieur du chenal pour plus de sécurité. Thérèse était dans le bateau est a donc été ramenée saine et sauve dans un lieu plus sécuritaire. OUF!

Alors, depuis hier minuit, il vente à écorner les bœufs. Jean-Pierre avait raison de redoubler notre sécurité. Des rafales toute la journée, un vent du Sud (au moins on se les gèle plus…) et des moutons sur le lac Champlain. C’est pas pareil qu’au Lac-St-Jean: les vagues n’ont pas le temps de se former vu l’étroitesse du Lac ici, mais le vent est comme dans un courant d’air et c’est la folie… Dans ce genre de temps, on fait l’inventaire des coffres du cockpit, on dort quelques heures, puis on se remonte le moral en racontant nos anecdotes de voyage!

Il vente encore, on est en sécurité, on a bien soupé. Le chat est fru d’avoir été barouetté. On s’aime tellement, c’est doux. On part mardi. On a hâte de voir ce bateau sous toile…

 

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