Journal de bord – 9 au 23 octobre

Jours 9&10, 9 et 10 octobre – The mighty Hudson

Tel que prévu, nous avons aujourd’hui rallié l’île d’Eposus, en plein milieu de la rivière Hudson, une toute petite île ou l’endroit protégé est un genre de “L”. Nous nous y sommes ancrés dans environ 12 pieds de profond. Ce jour-là, Sébastien a décidé d’installer un orin sur l’ancre, parce que la veille, ça n’avait pas été une mince affaire de sortir l’ancre du fond de l’eau.

Bien ancrés, nous sommes partis en dinghy pour prendre le thé sur l’île, admirer le coucher de soleil et manger des maïs à la saveur de nachos épicés… Après-midi des plus pittoresque, nous avons rallié le Santa Mojo à la brunante, juste à temps pour commencer à préparer le repas. Sauf que…

La marée montait et l’orin, trop court, a été immergé dans l’eau. Et probablement dû à sa volonté de remonter à la surface, cette petite balloune a tiré sur l’ancre, vers le haut, dans une ligne verticale, faisant ainsi décrocher l’ancre à notre insu. Un insu qui n’a duré que quelques secondes, car nous nous sommes aperçu de cette dérive imprévue et c’est avec un peu de stress que nous avons retenté de nous ancrer, trois fois. En vain.

Par dessus le marché, le temps se formait et bien que nous soyons protégés dans notre petit “L”, dès que nous reculions dans la Hudson, des vagues de 3 pieds rentraient au poste et le vent devait bien souffler à 25 noeuds steady. Le soir était tombé et nous nous sommes rendu compte qu’il était temps de penser au plan B.

Juste en face de l’île, un yacht club privé, le Poughkeepsie Yacht Club. J’ai pris le téléphone et leur ai demandé de nous accueillir, puisque nous avions “some little anchoring problems”. Nous avons traversé les 300 pieds de rivière nous séparant du quai nord pour essayer de trouver les gars qui nous attendaient dans la noirceur totale, dans une rivière en vagues et avec un vent du nord puissant. Quand on a aperçu les gars, mais surtout, le quai dans la rivière pas protégé du tout, on a considéré repartir dans notre petit îlot protégé. Mais non, après un second tour d’honneur, Sébastien a réussi à remonter le vent en forçant le moteur et nous avons lancé les amarres aux gars. Le quai montait et descendait comme une montagne-russe. Je n’avais jamais vu ça.

Le quai nord n’était absolument pas protégé et on a dû mettre 12 amarres pour commencer à penser être bien attachés. Même les gars ont dit qu’ils n’avaient jamais vu les vagues passer comme ça par dessus le quai.

Kurt, David et Scott nous ont accueillis façon V.I.P. On leur a rapidement attribué le sobriquet de “PYC Angels”, entre autre pour leur accueil, mais aussi parce qu’ils ont été absolument agréables et convenient. Carole, la femme de David, nous a fait des saucisses de chevreuil avec des légumes, Ray et sa femme nous ont offert le guide des marées 2016, ils nous ont donné de la bière et nous avons jasé avec eux jusqu’à tard dans la soirée. Rarement, un accueil improvisé aura été si chaleureux. Chaque personne présente a été d’une gentillesse exemplaire, même en ce soir de débat présidentiel.

Carole et David sortaient leur bateau de l’eau le lendemain matin, on est donc tous partis se coucher. À notre arrivée au quai, après une petite marche tanguante pour des raisons non alcooliques, nous nous sommes aperçu que le taquet babord avait brisé et que l’amarre ne tenait plus. Heureusement que nous l’avions doublée avec le taquet de tribord. À notre grande surprise, le taquet n’avait pas arraché, mais bien cassé. Une oreille s’était tout simplement arrachée et le taquet n’était pas plain en dedans, mais moulé et vide. Bref, ça nous a un peu pris de court.

Bref, nous sommes montés à bord pour le dodo qui fût bref et secoué. Le vent ne s’est pratiquement pas calmé de la nuit et ça brassait encore pas mal au petit matin. Les PYC Angels nous avaient offert de prendre une douche le matin. Nous avons pris de bonnes et généreuses douches chaudes, il y avait du café et Carole nous a offert d’en prendre, avec des petits gâteaux et omelettes au bacon. Nous ne voulions pas traîner ni abuser de leur hospitalité et nous sommes donc redirigés vers le quai pour partir, demandant l’aide de quelques membres du club pour larguer nos amarres. C’est là que Philippe a “remarqué” que la barre franche avait littéralement fendu. Oui, vous avez bien lu, fendu la barre franche était.

Traumatisme no 2, donc. Encore une fois, tout à leur honneur, les PYC Angels sont partis à leurs bateaux respectifs trouver des attirails pour “gosser” et réparer la barre. C’est John, un ébéniste francophile amoureux de Paris qui nous a aidé pendant près de 90 minutes à recoller la barre. Bon, elle était fendue à la base, mais de manière assez importante. John a inséré la Gorilla Glue dans la fente, nous a fait couper deux pièces d’aluminum pour remplacer le bois pourri qui tombait en morceaux. Cette pièce maîtresse, nous l’avons vu ce jour là, aurait dû être la première à subir l’ultime inspection Harvey. Alors, John a collé la barre et a enfilé trois collets bien serrés et nous avons laissé sécher cela un petit moment. Notre ami ébéniste nous a garanti sa robustesse jusqu’aux Bahamas. Ok, mais on va guetter les barres à vendre pour en avoir une de remplacement à son prochain signe d’affaiblissement.

Nous avons ainsi pu repartir sur la Hudson, la mighty mighty Hudson qui, bien qu’encore sous l’influence de vents de 25 noeuds, était beaucoup plus facile à naviguer qu’à vivre amarré à un quai montagnes-russes. Avec tout ça, nous avons réussi à nous rendre à notre destination prévue: l’île de Pollepel sur laquelle sied un magnifique vieux château un peu gothique est ses tourelles. Coucher de soleil paisible sur fond de castel, la Hudson s’est aussi endormie, doucement, nous laissant au repos, pour cette fois-ci… Bisous bisous.

Jours 11&12, 11 et 12 octobre – Grosse Pomme

Du château de Pollepel, nous planifions les 40 miles qui nous mèneront à New York, dite la Grosse Pomme. Le vent pointe du Sud, il fait soleil, mais à peine 9 degrés, nous démarrons la journée au moteur. C’est la fin de la Hudson, avec ses Palissades, ses monts, ses villes qui grandissent. West Point, Riverdale (est-ce celui de Archie, Véronica et Betty?), pont Tanpanzee et… voilà Manhattan au loin qui s’étend vers la pointe de son île habitée de gratte-ciels gigantesques.

Il est 16 heures quand nous atteignons le 79th Street Yacht Bassin et nous y prenons un mooring pour 27$. On est à NYC, on se paie un mooring, oh que oui! Avec ça, nous avons accès à une douche et nous sommes à 10 minutes à pied de Central Park et à quelques pas de Broadway.

Confidence: je suis entrée à New York avec la toune de Taylor Swift (oui, oui, je confesse) Welcome to New York. Mettez-là en lisant, c’est plein d’énergie adolescente! Nous sommes donc descendus en ville pour vivre une première soirée new yorkaise. Nous avons marché sur Broadway, dégusté un gyro streetstyle et vagabondé dans Central Park, Mecque des coureurs à pied. Et que de monde et de vie dans ce parc urbain à la tombée de la nuit. Nous avons eu plein de bucolique dans les yeux! Retour au bateau et dodo la tête légère: demain, on y retourne et on marche la ville, mile après miles!

Nous sommes partis de bon matin, reconnaissant les lieux de la veille, mais désirant aller plus loin. Les gars ont mangé des sandwiches de rue: egg and cheese on a bagel with lots of mayonnaise. Repus, les Néo Yorkais.

Comme bons touristes, nous avons décidé de trouver Time Square, un peu au pif. Une fois trouvé, on regarde, on vit, on voit les touristes et on se dit qu’on est comme eux. On continue vers l’Empire State Building qui finalement est plus facile à voir de loin, car si haut de proche et, sans y monter, la vue en vaut moins la peine. Le Chrystler Building au loin, Ground Zero (qu’on a bien vu à partir de la rivière) encore plus loin… Mon projet à moi était de renter à l’ONU. Nous avons donc traversé la ville pour longer l’East River vers ce lieu mythique, car je suis encore de celles qui croient à ce gouvernement mondial, ou du moins en reste-t-il des bribes d’espoir d’un monde meilleur en moi (…).

Spot intense à touristes asiatiques, il faut fair un line-up de fou pour entrer dans le bâtiment, au diable! J’aurai vu de loin et m’imaginerai le reste. D’ailleurs, le film L’interprète avec Nicole Kidman et Sean Penn nous fait découvrir l’intérieur de ces bâtiments mythiques.

J’aurais aimé passer par le quartier chinois, question de dénicher un machin pour les enfants surtout Raf qui se meurt d’avoir un objet de Naruto, mais c’était loin et le temps manquait. Nous avons donc retraversé Centre Park, de jour, tranquillos. J’ai quand-même assisté à un show du genre Danser dans les rues ou Step Up, un film fétiche à Raf, avec des vrais gars pros qui étaient coordonnés et tout. Très hot, bien stagé. Ça existe donc pour de vrai, le dans-dans-les-rues.

De retour au bateau, c’en est fini de croquer cette pomme, elle est si grande, si pleine et on n’en a même pas vu le quart. Nous décidons de quitter notre mooring pour ne pas payer à nouveau 27$ pour cette nuit et traversons la Hudson de justesse avant la noirceur pour rejoindre Liberty Island, un super petit bassin juste à côté de la statue que nous prenons en photo 100 fois. C’est promis par contre, je ne vous mettrai en ligne que la moins pire de nos photos!

Jours 13 à 23, du 13 au 23 octobre – Grande pause à Sandy Hook

Nous dévorons à la voile les 18 miles qui nous séparaient de Sandy Hook en mi journée. À part une petite remorque qui nous signalait une zone interdite (ça nous apris un peu de temps à comprendre), la route entre NYC et Sandy Hook s’est bien  vécue, du bon vent, pas trop de trafic.

Sandy Hook est une étape importante pour deux choses. D’une part, elle marque la fin de la première partie du voyage: la Hudson, c’est fini, on doit maintenant se préparer pour la mer en attendant une fenêtre météo. D’autre part, c’est juste avant, à New York, que Sébastien et moi avions arrêté notre voyage en 2014. À partir de là, tout est du nouveau.

Et, tant qu’à arrêter quelques jours, pourquoi ne pas en finir avec les travaux importants? Je laisse la partie technique à Sébastien, par contre, c’est sa spécialité. Je ne vous raconterai pas en détails les 10 jours passés à Sandy Hook, mais vous présenterai quelques sujets d’intérêt.

Nous nous sommes ancrés dans le brise-lames situé devant la municipalité de Atlantic Highlands, petite ville de quelques milliers de personnes ben relaxe. Touristique, bucolique, mais aussi plein de petits boui-boui locaux avec les commerçants quand-même intéressés à entendre nos histoires de voyage et de destination. Les petites pizzérias, le Bagel Café, le landromat (du luxe en machine), le bureau de poste, bref, les commodités avec leurs petites spécialités locales. Nous avons dîné avec un propriétaire de pizzéria d’origine égyptienne républicain et full Trump, fier de voir un potentiel leader qui sait gérer l’État comme une entreprise.

Nous avons rencontré Denise et Ghyslain des Québécois qui descendent aussi dans le Sud, sur leur 30 pieds, un plan Laurent Giles. Un magnifique voilier en bois que Ghyslain a construit de ses mains, car il travaille sur son chantier naval et est un expert de bateaux en bois. Imagine la magnificence, et ça donne Marée Filante, leur beau bébé “neuf”. Ce sont devenu des amis, car ils nous ont accueillis et nous avons désormais quelques 5 à 7 à nos actifs communs. Nous sommes mêmes sortis un soir en ville, Sébastien, Denise, Ghyslain et moi, dans un petit bar, pour écouter le débat. Nous n’avons pas entendu beaucoup de débat, mais Denise était très curieuse de connaître l’opinion des Américains. La plupart des gens que nous abordons sont contre Hillary, donc pour Trump. C’était le cas du barman, Charlie, qui nous a expliqué ses cinq jobs son rêve de travailler dur, mais de ne pas y parvenir, parce que le système marche pas quand c’est des politiciens de carrière, riches en plus, mais que Trump, lui il sait mener les choses comme le vrai monde.

Sébastien et moi avons fêté notre amour dans un petit boui-boui style La Voix Maltée qui proposait une vingtaine de bière brassées localement et dans les états voisins. Bière honnête à un taux d’alcool plus élevé que la Miller ou la Bud, burgers pas pires et frites un peu comme chez McDo. Nous avons passé une superbe soirée d’amoureux, comme on en prendrait 20 mille, des comme ça.

Le temps filait, comme les bateaux passaient et repartaient, continuant leur route. Frank et Maxime ne sont restés qu’une soirée que nous avons passée avec eux sur Joy Sea. Ils ont eu la meilleure fenêtre météo, car les jours suivants la météo prévoyait un coup de vent allant à 30 noeuds. Island, Thlasso et BLÜ sont partis remonter la Baie du Delaware, le C&D channel et redescendre la Chesapeake, chercher des endroits protégés avant l’arrivée de la belle brise. Ne restait plus que nous, Marée Filante et Calbodine. Nous avons décidé d’attendre la prochaine fenêtre pour quitter Sandy Hook. Et la nuit du coup de vent, il a tellement venté que 2 autres bateaux ont chassés, ils se sont carrément détachés du fond de l’eau.

Nous avons tenu au fond, Marée Filante et Calbodine. Après tant de jours à l’ancre, nous étions bien pris. Et nous recommencions à avoir la bougeotte. Analyse de météo, prévisions des routes, choix du départ, détermination des sorties de secours en cas de moments trop intenses… Nous étions prêts à quitter, à prendre le large, la mer, le grand bleu, l’océan Atlantique nous attendais. Et on quitte lundi pour cette nouvelle aventure. Enfin, on le mérite bien: nous avons un nouveau plan de pont qu’il est temps de tester sur notre terrain de jeu aquatique.

Ici, je pose bien naïvement un constat. En théorie, sur les cartes, ça peut prendre 3 semaines se rendre en Floride. En vrai, esclave de la météo, tu es. Les ancrages sécuritaires ne pleuvent pas dans la prochaine section de notre voyage, la côte du Delaware et de la Virginie. Ce sont des Inlets, des entrées dans des hauts fonds souvent pas trop protégés. Il faut prévoir des portes de sortie quand-même (merci Skipper Bob), mais ça influe sur notre moment de départ, surtout que nous ne voulons pas nous lancer comme des petits fous dans la mer, pour une première, gardons la ligne de la prudence.

Pour ce qui est de mon constat perso, je me fais tranquillement à l’idée que je n’aurai peut-être pas parcouru tout le millage souhaité au départ dans ce voyage. Philosophe, je demeure optimiste et me dit que chaque jour, chaque endroit est quand-même neuf et intéressant à découvrir. La Floride est encore un but réaliste, et sans doute aussi quelques semaines aux Bahamas. Sinon les Keys, Cuba… Tant que je vois l’eau turquoise, je serai contente. Pour l’heure, on descend, on roule, on vogue, on va vers le sud… Parce que l’automne se fait sentir un peu plus chaque jour.

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Le bassin de Centra Park. Nous en miniature!

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Manhattan en afternoon!

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Bebye New York, hello la Madame de la Liberté!

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Toutes villes du monde sont villes d’amour… Mais NYC est total love.

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Watch out!

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Got you!

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Empire State Building.

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2 réflexions sur “Journal de bord – 9 au 23 octobre

  1. salut les enfants
    C’est super intéressant de vous suivre.Gabrielle nous décrit si bien votre périple.
    Je suis fière de vous .Gros bisous
    Jeanne d’Arc

    J’aime

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