Journal de bord – 7 au 22 novembre

7 au 12 novembre – Beaufort, Caroline du Nord

Malgré ma volonté de m’imposer une rigueur dans l’écriture du blogue, j’avoue qu’ici, à Beaufort, je me suis un peu laissée aller et je vous fait un tout petit résumé de ces quelques jours dans cette petite, mais bucolique ville de la Caroline du Nord.Nous étions tout d’abord ancrés à la Town marina, un espèce de trou dans lequel meurent deux épaves de bateau, dont un qui devait être assez grandiose dans sa vie sur l’eau. On se rend compte que plusieurs personnes mettent leur bateau à l’ancre, puisque se sont des eaux nationales, donc non la propriété des marinas, et laissent leurs embarcations se détériorer. Sont-ils abandonnés, ces bateaux? Peut-être, car il y a eu la tempête Matthew et les bateaux en ont pris un coup.

On peut accoster notre dinghy à la marina en face et prendre 10 minutes à pieds pour rejoindre le waterfront, c’est à dire les boutiques touristiques et les endroits pittoresques. Le premier soir, nous nous offrons un souper chez Clawson, une taverne-restau locale ou les gars découvrent le grit, une bouillie de maïs avec des crevettes et autres légumes goûteux. Coup de coeur, nous rêvons de nous faire du grit  nous-même. Le serveur est fort sympa et nous découvrons les IPA de microbrasseries locales et d’autres états.

Nos amis Sara et Justin nous rejoignent les jours suivants et nous passons beaucoup de temps ensemble. Nous déménageons même notre ancrage du côté du waterfront, question d’être plus près de la ville et de nos amis. Nous passons la soirée du 8 novembre avec eux et retournons chez Clawson, mais nous ne pouvons suivre que sur Internet, puisqu’il n’y a pas de télévision. Après souper, nous sommes trop fatigués pour aller dans un bar et vivre les élections. Le résultat que nous connaissons tous aujourd’hui, n’a été officialié que vers 3 heures AM et Sara était dévastée. À mon réveil, c’Est la première chose que j’ai regardé et voilà que l’Histoire est faite; non pas pour la première femme Présidente, mais pour un Trump élu à force de voix populaire.

C’est drôle parce qu’avant les élections, nous ne faisions que rencontrer des gens pro Trump et après les élections, pratiquement tout le monde nous disait vouloir émigrer au Canada. C’est le cas de Skip et son équipage, rencontrés un soir de dinghy rescue, ou nous sommes partis à la recherche de deux dinghy qui s’étaient “sauvés” de leurs embarcations, sans demander leur reste. Tranquilles à l’intérieur entrain de chiller, nous entendons soudain un moteur virailler autour de nous, proche. On regarde dehors et c’est un méchant gros voilier équipé de moteurs sur le côté, comme les bateaux à moteur. Ils tournent en rond, à droite, à gauche pour attraper leur dinghy qui fini par aller s’échouer sur l’estran. Ils nous demandent d’aller le chercher, ce que Philippe et moi faisons, non sans peine, car le pied de leur moteur s’est enlisé dans le sable. Nous réussissons et leur livrons notre prise. En échange, ils nous balancent un bouteille de rhum au trois quarts bue. Pas de problème, on aime ce genre de partage!

Quelques minutes plus tard, on entend quelqu’un crier “hey, Canada!” et c’est notre voisin qui nous demande d’aller chercher son dinghy. Moi je suis déjà couchée et blasée des dinghys mal attachés, c’est donc Sébastien qui part avec Philippe. Attachez vos dinghy comme du monde, gensse de voile!!!

Les gens du gros voilier avec plein de moteurs nous invitent le lendemain ou surlendemain, je ne sais plus, à venir prendre l’apéro sur leur bateau. Et quel magnifique bateau que Skip, le propriétaire a refait de la proue à la poupe. C’est son cadeau de retraite, cet avocat de la garde côtière qui a décidé de voyager sur l’eau avec sa femme Louise. Ils ont comme équipage Dave et Beth. Beth est une bonne vivante et fort sympathique, Dave est handsome et très curieux de nos aventures. Nous buvons du Pain killer, excellente boisson avec du lait de coco, du rhum, du jus d’ananas et d’orange. Miam, mets-en que ça tue la douleur! Nous avons une splendide soirée en leur compagnie, mais devons partir rejoindre Sara et Justin pour le souper, tel que promis.

Le lendemain, nous quittons Beaufort, nous quittons aussi nos amis Sara et Justin, puisqu’après, nous devrions faire plus de route et plus vite qu’eux, ce sont donc des adieux-au-revoir. Sara me ba;lance un truc par le bout de la gaffe, récupéré de justesse par Philippe et mois je lui tend East of Eden de John Steinbeck, que je lui ai chaudement recommandé. C’est triste les au revoir, je les déteste, même s’ils sont temporaires.

13 novembre

Je ne compte plus les jours de voyage. Je ne tiens plus à jour mon calendrier interne qui me dit quel jour de la semaine nous sommes. Je compte les miles, je planifie les route et estime nos heures d’arrivée. Un changement s’installe doucement en moi et je suis de plus en plus loin de mon habituel quotidien. Je quitte enfin pour de vrai mes soucis et mes ambitions terrestres. Je crois que je sens qu’on arrive dans le sud.

Nous quittons Beaufort à 7 heures du matin. Nous penons la mer avec comme destination Charleston, mais avec un arrêt dans le Masonboro Inlet à Cape Fear pour éviter son banc de corail qui nous ferait prendre le large. À partir du Masonboro Inlet, nous rejoindrons le ICW pour ressortir au sud du Cape Fear, à South Port et reprendre la route vers Charleston, en Caroline du Sud. À l’époque, on se disait qu’après ça, on pourrait prendre la mer 5 jours et partir directo au sud vers les Bahamas. Mais comme le plan change chaque jour, spoiler alert, ce n’est pas ce que nous avons fait.

Nous arrivons à l’ETA (estimated time arrival) ou heure prévue d’arrivée à notre destination et on s’ancre dans une grande baie, juste avant le village de South Port. Le lendemain, nous nous rendrons dans l’espace d’ancrage, ou finalement, Sara et Justin nous rejoindront pour quelques jours ensemble, encore, et là, un vrai au revoir. Au menu: visite de la ville, soirées amicales, marche jusqu’au Walmart, réparations, relaxation.

18 novembre

Nous quittons South Port et Hyraeth avec peine, mais avec gratitude pour ces beaux moments d’amitié. Direction : Charleston dans une run de plus ou moins 28 heures sur la mer! Nous couperons à 25 miles des côtes pour tracer une ligne droite nous menant directement dans le Inlet de Charleston. Que nos mamans se rassurent, le temps est très clément et nous parcourrons cette route principalement au moteur, au grand dam de l’équipage, qui se meurt de mettre toutes voiles dehors et de se faire porter par le vent, non pas l’odeur du fuel. Nous parcourrons au total 140 miles.

Il fait splendide et chaud depuis que le soleil s’est levé à 0600 ce matin. À partir de ce voyage, nous avons modifié nos shift de garde: 2 heures de garde, 4 heures de dodo. Puisque nous sommes trois, ça permet une rotation assez efficace, mais surtout, de récupérer avec plus de sommeil.

J’ai la première garde, de 1000 à 1200. Le moteur est ouvert et nous avons la grand’voile et le génois 1, au près et nous avançons à 5,3-6,2 nœuds. Nous souhaitons une moyenne de 5,7 nœuds pour arriver avec la marée dans l’entrée de la rivière nous menant à Charleston, ce qui explique le motor sailing.

Je ne vois plus la côte, sauf quelques tours d’eau, hautes et lointaines. Philippe et moi avons aperçu des dauphins, au loin, mais on pense que le moteur les fait être prudents. Si on maintient notre plan, nous arriverons vers 8 heures du matin à Charleston. Nous ferons le plein et prendrons la direction du ICW pour traverser le plus vite possible la Caroline du Sud et ressortir en mer, éviter les zig-zag du chenal en Géorgie, ce qui nous amène en Floride.

À South Port, les gars ont trouvé dans les poubelles – ou plutôt sur une poubelle – un bimini abandonné avec un très beau et solide tissus Sunbrella. Exactement ce qu’il nous fallait pour faire no lee cloth, des retenues de couchettes de quart. Ça nous évite de tomber et de nous faire mal dans les virements de bord ou dans les grosses vagues.  Les garçons y sont couchés en ce moment même, les testant pour la première fois et, ma foi, c’est très chic et efficace! Fancy Santa Mojo!

19 novembre

La nuit s’est très bien déroulée. Philippe a vu un splendide levé de Lune pendant lequel une quinzaine de petites dauphins sont venus danser et sauter autour de la proue et ça a duré près de 40 minutes. Moi, j’ai vu du plancton phosphorescent dans la toilette…

À la tombée du jour, un petit oiseau est venu planer et se poser sur le bateau, sans doute épuisé d’un vol qui l’a mené si loin des côtes. Il est allé se coucher en boule dans la lazaret, à l’abris du vent. Il s’y est reposé toute la nuit et il est reparti un peu avant le levé du jour, sans demander son reste. On l’aura rapproché des côtes.

Nous arrivons à Charleston et faisons le plein de diesel et d’eau. On crois BLÜ, un voilier rencontré à Sandy Hook quelques semaines plus tôt. Nous reprenons le ICW et filons pendant 50 miles nautiques. Au moment de trouver la rivière Bass Creek pour nous ancrer pour la nuit, le bateau cesse brusquement de bouger et s’enlise dans 3,5 pieds d’eau. Je rappelle que notre tirant d’eau est 4,5 pieds, ce qui, vous l’aurez compris, nous immobilise totalement. On appelle ça shoalling ou running aground. Le bateau s’incline à plus de 45 degrés et il devient difficile de s’y déplacer, tant dehors qu’à l’intérieur.

Bien que fâchés de la situation, nous nous occupons pour tenter de nous déprendre. Sébastien, grand capitaine, met en branle les différents moyens pour nous en sortir: Philippe et lui tenteront d’Aller poser une ancre et moi, je contacte les secours. Heureusement, c’est la fin de la marée basse et la marée haute aura 6,8 pieds, ce qui nous dépognera sans faute, mais la question est quand? D’ici deux heures, l’eau aura monté de 2 pieds, ce qui devrait être suffisant, mais on essaie tout de même de s’en sortir avant.

J’ai parlé aux Coast Guard et faire une communication officielle est assez intimidant. Ils ont été super sympas et m’ont bien guidée, avec beaucoup de patience. Ils m’ont référée à Jim de Boat US, qui est en fait la compagnie de remorquage, un peu comme le CAA: tu t’abonnes annuellement pour 149$ US et ils te ramassent n’importe ou gratuitement sur la côte des USA. Tu t’abonnes pas, ça coût 350$/heure + des frais. Bref, Jim m’explique que s’il m’envoie un gars, ça coûte plus de 2 000$ et qu’avec la marée de plus de  6 pieds, il me recommande d’attendre et que nous devrions nous en sortir sans problème. Je le remercie de son honnêteté.

Pendant ce temps, les gars n’ont de cesse de trouver des solutions: Philippe est allé porter une ancre en dinghy, Sébastien a hisser la grand’voile pour que les gusts de vent nous redressent, le moteur est à fond, etc.

Dès que la marée est montée de 2 pieds, les efforts menés par les gars ont porté fruits et, à 20h25, nous sommes en route pour retrouver l’ancrage, sans shoaller, cette fois. Après 36 heures de navigation et un shoaling, nous mangeons une soupe et allons nous coucher: merci bonsoir!

20 novembre

Levés pas trop de bonne heure, il nous faut ramasser les 2 ancres mises à l’eau hier et parcourir les 15 miles qui nous séparent de Beaufort (prononcez biou-forte). De là, nous ferons quelques commissions et demain, on reprend la mer pour un autre 24 à 31 heures pour arriver à St-Augustine, en Floride. Yeah!

21 et 22 novembre

Nouveau tracé de 31 heures dans la mer pour rallier la côte de la Floride par Saint-Augustine. Nous avons quitté Beaufort à 7 heures et ça été une superbe journée de voile, encore avec des dauphins qui viennent jouer autour de l’étrave du bateau.

Une bonne nuit aussi, avec un peu de trafic au matin, dans le shift de Sébastien. À 0300, nous franchissons la frontière (à 20 miles des côtes) entre la Géorgie et la Floride! Est-ce moi ou la nuit est chaude, le vent doux et l’ambiance définitivement plus torride? On franchi le 30è parallèle. Que de chemin avons-nous parcouru!

Au levé du soleil, le temps devient vite plus chaud, nous sommes nus pieds, en shorts. C’est pas seulement psychologique! À mon tour de 8 heures, je laisse les gars dormir plus longtemps, on saute le petit déj’ matinal, pour nous retrouver tous les trois vers 10 heures, manger, et entrer dans le St.Augustine Inlet, celui qui bouge constamment selon la force des vents et des courants. Et nous entrons prudemment, mais aussi contents, soulagés, heureux et enthousiastes – tout ça à la fois – en Floride.

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Les mouettes, selon Étienne Boulanger. Belles mouettes qui cherchent le tissus des lee cloth.

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À South Port, après le Cape Fear (photo de Sébastien)

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Nos premiers petits palmiers!

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Nos amis les pélicans.

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Typique de la Caroline du Sud.

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Naviguer au large, Santa Mojo style. Devinez qui est en charge?

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Dans les meilleurs moments ever.

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Encore les paysages colorés de la Caroline du Sud.

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Justin, Sara et Philippe à Beaufort, en Caroline du Nord

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Souper no 2 chez Clawson avec Sara et Justin

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Ambiance du souper no 1 chez Clawson, sans les amis

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Épaves dans l’ancrage no 1 de Beaufort (Caroline du Nord)


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4 réflexions sur “Journal de bord – 7 au 22 novembre

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